Filmer

L’image a toujours fait partie de mon métier.

Lorsque je me suis formée au journalisme, on m’a appris à écrire, bien sûr, mais aussi à me servir d’un appareil photo et d’une caméra. À cadrer, observer, attendre le bon moment. J’ai photographié, filmé des interviews, réalisé des sujets. Très tôt, j’ai compris qu’une image pouvait parfois raconter en quelques secondes ce qu’une page entière peinait à dire.

Pourtant, je ne pensais pas encore devenir réalisatrice.

Je crois que je suis arrivée à la réalisation comme je suis arrivée à l’écriture : par nécessité. Il y avait des histoires que les mots seuls ne suffisaient plus à raconter. Il fallait montrer les visages, les gestes, les regards.

En tournage, au piano avec Joyce Jonathan
En tournage, au piano avec Joyce Jonathan

Mettre des visages sur l’autisme

Avant les films, il y eut d’abord la photographie.

Lorsque j’ai imaginé Autiste… et alors !, je n’étais pas derrière l’objectif. Mais j’en ai conçu le projet, choisi ce que je voulais raconter, écrit les textes qui accompagnaient les photographies et pensé la mise en scène des images.

Je voulais montrer des enfants, des adolescents et des adultes autistes autrement que par le seul prisme du handicap. Donner à voir leurs visages, leurs personnalités, leurs singularités, mais aussi raconter les difficultés rencontrées à chaque âge de la vie.

Les photographies étaient signées notamment par Yann Arthus-Bertrand, Nikos Aliagas et Audrey Guyon.

Cette exposition, devenue ensuite un livre, m’a confirmé une chose essentielle : une image peut déplacer un regard. Et cette envie de raconter par l’image ne m’a plus quittée.

Feuilleter le livre de l’exposition
Yann Arthus-Bertrand devant l’une de ses photographies, à l’exposition « Je suis autiste et alors ? »
Yann Arthus-Bertrand devant l’une de ses photographies, à l’exposition « Je suis autiste et alors ? »
L’une des photographies de l’exposition — photo Audrey Guyon
L’une des photographies de l’exposition — photo Audrey Guyon
L’une des photographies de l’exposition — photo Audrey Guyon
L’une des photographies de l’exposition — photo Audrey Guyon

Derrière la caméra

J’ai ensuite imaginé et écrit Un artiste, un autiste – Autistes-Artistes, une seule lettre de différence.

Avec Patrice Leconte, j’ai co-réalisé treize courts films réunissant des artistes et des personnes autistes : Marie-Claude Pietragalla, Calogero, Matthieu Chedid, Marc Lavoine, Michel Cymes, Emmanuel Petit, Frédéric Michalak, Henri Leconte et bien d’autres. Guillaume Canet et Charles Berling leur ont prêté leur voix.

Je voulais créer des rencontres simples. Deux êtres face à face, et cette évidence : la différence n’empêche ni l’échange, ni l’émotion, ni la complicité.

Ces films ont été diffusés sur les grandes chaînes de télévision françaises, notamment TF1, France Télévisions et M6, ainsi que dans les cinémas Pathé et MK2.

Puis j’ai écrit une deuxième campagne, Je suis autiste et alors !, que j’ai co-réalisée avec Renaud Bertrand. Cette fois, je voulais aller encore plus directement contre les clichés et les discriminations.

De très nombreuses personnalités ont accepté d’y participer : Juliette Binoche, Monica Bellucci, Fauve Hautot, Bernard Campan, Samuel Le Bihan, Pascal Elbé, Lambert Wilson, Anggun, Frédéric Diefenthal, Francis Perrin, Marc-Olivier Fogiel, parmi beaucoup d’autres.

Rendez-vous en terre promise

Quelques années plus tard, faute d’avoir trouvé en France un lycée prêt à accueillir mon fils autiste, ma vie m’a conduite en Israël pour trois ans.

J’ai alors eu envie de raconter ce pays autrement. Par ses artistes, sa culture, sa créativité, ses rencontres et tous ceux qui le font vivre.

J’ai créé ma société de production et imaginé Rendez-vous en terre promise : trois documentaires de 52 minutes dans lesquels une personnalité française partait à la rencontre d’artistes israéliens exerçant le même métier.

Avec Joyce Jonathan, j’ai notamment filmé sa rencontre avec Idan Raichel. Puis il y eut Charles Berling, parti notamment à la rencontre de Lior Ashkenazi. Enfin, j’ai réalisé un troisième film avec Rachel Khan, qui a notamment rencontré le cinéaste Amos Gitaï.

Ces trois films m’ont permis de retrouver ce que j’avais toujours aimé dans le journalisme : aller vers l’autre, comprendre, raconter, partager. Simplement, cette fois, j’avais une caméra entre les mains.

Le site de l’émission
Avec Shimrit Greilsammer et Lior Ashkenazi, tournage de « Rendez-vous en terre promise »
Avec Shimrit Greilsammer et Lior Ashkenazi, tournage de « Rendez-vous en terre promise »

Des femmes qui dansent

Puis j’ai eu envie d’aller plus loin.
De réaliser un film.

Des femmes qui dansent est un road movie documentaire d’environ une heure dix consacré aux femmes dans la danse contemporaine israélienne.

Je suis partie à la rencontre de sept danseuses et chorégraphes, différentes par leurs origines, leurs parcours et leurs univers. À travers leurs corps et leur création, chacune racontait quelque chose de plus vaste : la liberté, le féminisme, la paix, la tolérance, l’écologie, le handicap, le racisme ou les violences faites aux femmes. Le film raconte ces sept parcours et ces engagements.

J’ai également choisi chacune des musiques qui accompagnent le film. Cela comptait énormément pour moi. Je ne voulais pas que la musique soit un simple fond sonore : elle devait prolonger les images, accompagner les corps et ajouter une autre émotion au récit.

Le film a été monté par Olivier Aufauvre. Et là encore, mes univers se rejoignaient : l’écriture, l’image et la musique.

Puis il y eut le 7 octobre. Ces jeunes gens assassinés alors qu’ils dansaient au festival Nova m’ont bouleversée. Le film a alors pris pour moi un autre sens. J’ai choisi de leur dédier Des femmes qui dansent.

Parce que danser, créer, écrire, chanter ou filmer sont peut-être aussi des façons de répondre à ceux qui voudraient faire taire la voix des artistes et des pacifistes.

Avec quatre des danseuses du film, en Israël
Avec quatre des danseuses du film, en Israël

Regarder

Je n’ai jamais vraiment séparé mes métiers.

Lorsque j’écris, je vois déjà des images et j’entends la musicalité des mots.
Lorsque je filme, je cherche la beauté de l’image, mais aussi le sens de l’histoire que je raconte.
Lorsque je choisis une musique, je cherche ce qu’elle peut dire lorsque les mots se taisent.

Au fond, les films, l’écriture et la musique procèdent chez moi du même désir :

Raconter, transmettre, émouvoir et donner du sens.

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